LA CULPABILITE DANS LE COUPLE, ACCUSER L’AUTRE C’EST S’INNOCENTER…

Les reproches peuvent devenir un poison. Que celui ou celle qui n’a jamais critiqué son partenaire pour qu’il se sente en faute jette la première pierre ! Accuser l’autre, c’est s’innocenter soi. Ce petit jeu, lorsqu’il devient stratégie, peut très mal tourner……Bernadette Costa-Prades

Sommaire:

S’innocenter et se narcissiser

Une forme de chantage

Une preuve de fragilité

Conseils pour ne pas devenir maltraitant

 

S’innocenter et se narcissiser

 

Aucun couple n’échappe aux reproches, lot de la vie quotidienne, sur les sujets qui fâchent. Tant qu’il ne s’agit que de broutilles, que les rôles d’accusateur et d’accusé changent, rien de grave. Mais la culpabilisation représente autre chose que ces agacements. Elle s’appuie sur une critique dont le but déterminé est que l’autre se sente en faute, et qu’ainsi s’installe une forme de pouvoir sur lui. D’ailleurs, elle se passe souvent de mots…

 

Isabelle, 42 ans, maquettiste, en témoigne : « Mon premier compagnon avait une façon de lever les yeux au ciel ou de hausser les épaules qui me clouait au sol. Je ne me sentais pas souvent à la hauteur dans son regard. »Explications de la philosophe et psychothérapeute Nicole Prieur : « Il y a souvent une volonté au sein du couple de façonner l’autre à ma propre image, de l’amener vers mon idéal, car, plus il sera proche de ce que j’estime être parfait, plus je me sentirai en retour exceptionnel. » Culpabiliser l’autre, considérer que c’est lui le responsable, voire le fautif, est aussi une façon de s’innocenter soi et de préserver son narcissisme : après tout, si ce n’est pas moi qui suis insuffisant, c’est donc lui. Le moteur de la culpabilisation s’alimente en eaux troubles…

Une forme de chantage

La mécanique de la perversion

La culpabilisation est au coeur de la perversion. Ses mécanismes sont désormais bien connus. Le pervers commence par attirer sa proie lors d’une période de séduction, puis il l’isole en la coupant petit à petit de tout son entourage, de tous ses soutiens, avant de commencer un long travail de sape, à coups de reproches incessants. À ce stade, la victime est totalement déprimée, à la merci de l’autre et n’a plus son libre arbitre : elle ne pourra sortir de ce piège qu’en demandant de l’aide. Cela dit, gardons-nous de voir des pervers partout, ils sont quand même rares. Ce qui l’est moins, en revanche, ce sont les comportements qui frisent la perversion, comme la manipulation et la dévalorisation systématique de l’autre.

A lire : Manipulateurs, pervers narcissique, qui sont-ils ?

À la façon des enfants, qui réclament un cadeau quand leurs parents s’éloignent quelques jours, culpabiliser l’autre est souvent un moyen d’obtenir une faveur. Mais il peut également s’agir d’un mécanisme projectif visant à nous dédouaner de notre propre culpabilité. « Lorsque l’un se sent mal d’avoir trompé l’autre, il accuse ce dernier de tous les maux pour se débarrasser de son malaise, remarque Ghislaine Paris, médecin sexologue. Certains même, ayant envie d’escapade, projettent inconsciemment sur leur partenaire un désir d’adultère qu’ils n’osent s’avouer. Ce mécanisme est fréquemment utilisé dans les moments de rupture pour s’en aller sans culpabilité. » Que dire encore de ces litanies de plaintes, qui ne sont là que pour masquer un malaise profond et éviter de réfléchir à ce qui ne va pas dans la relation ? Le culpabilisateur préfère s’en tenir à une longue liste de reproches, éloignés des motifs réels de discorde – une insatisfaction sexuelle, par exemple –, empêchant ainsi le couple de se parler et d’évoluer. Mais encore faut-il qu’il en ait vraiment le désir…

Pour que la culpabilisation fonctionne, il faut être deux. Un accusateur et, en face, un partenaire qui le laisse faire : « “À cause de toi, je m’ennuie, à cause de toi, je ne suis pas heureux…” résume la psychanalyste Sophie Cadalen. Dans cette pièce, chacun tient fermement son rôle, et, si l’un change sa réplique, rien ne va plus ! Que le râleur ou la victime fasse un pas de côté, et il est aussitôt remis à la même place, parce que le duo a besoin, de façon névrotique, de cet échange. Ce réseau de contraintes croisées soude malheureusement de nombreux couples. » Ces places d’accusateur- accusé sont souvent dessinées bien en amont dans l’enfance : « Petits, nous nous sommes toujours sentis plus ou moins coupables de ne pas être parfaits, de ne pas être capables de rendre heureux nos parents, poursuit la psychanalyste. Aussi, soit nous nous identifions à eux, reprenant à notre compte le rôle du supposé déçu, soit nous continuons à battre notre couple avec plus ou moins d’énergie, selon la force de notre névrose. »

Comments are closed.